Chercher une pépite dans une meule de foin.

Jamais deux sans quarante-trois…

Lorsque l’on prépare une petite expédition de 3 semaines intensives de détection dans le désert, on prévoit tout… De ce que l’on va manger en dessert à la planche en bois qui nous servirait en cas d’enlisement, oui, on prévoit tout, du moins on essaye. Car à seulement 25 kilomètres de la ville de Kalgoorlie, le plus prévisible vous frappe de plein fouet : nous sommes Samedi !!
Rien de dramatique pensez-vous ? Sauf que pour détecter en toute légalité sur le sol Australien, une licence est nécessaire : les droits du mineur (Miner’s Right). Où peut-on s’en procurer une ? A l’administration du mineur et des mines bien sûr, et comme très certainement toutes les administrations du Monde, le Samedi comme le Dimanche, c’est fermé…

Zut ! Déjà deux jours de perdus alors que le détecteur n’était même pas encore sorti de sa boite d’emballage. Enfin ce qui a surtout été perdu, ce sont les deux nuits au camping  que j’ai dû payer… Et je dis bien « j’ai », car à partir de là, camping et essence étaient à ma charge. Chercher de l’or étant mon rêve, je devais bien ça à Laetitia.

On a donc profité au mieux de notre week-end forcé à Kalgoorlie. Ballades dans des rues infestées de bijouteries arborant fièrement de magnifiques pépites d’or. Rues également infestées de nombreux édifices « westernageux », de bars, de pubs, de tavernes, et d’établissements servant de l’alcool.
Pour ceux et celles qui n’ont jamais entendu parler de la ville de Kalgoorlie, sachez simplement qu’avec sa monstrueuse mine d’or à ciel ouvert, elle est devenue au fil des années la capitale Australienne de ce précieux métal jaune… Fondée en 1893 à la suite de la découverte d’or à son emplacement actuel, elle a gardé à peu de choses près son apparence architecturale d’autrefois.
Vous avez dû remarquer à quel point j’ai insisté sur les bars et autres pubs… Et bien oui, là où il y a de l’or, il y a généralement beaucoup de vices et de péchés: alcool, argent, jeux, sexe… C’est dans la nature de l’Homme parait-il. Tenez, puisque l’on parle de sexe, saviez-vous qu’ici, votre bière vous est servie seins nues?! Et ça peut aller même beaucoup plus loin si affinité avec vos bourses! (Je fais ici allusion au porte-monnaie bien entendu…)

Le dimanche nous nous sommes rendus à l’un des différents points de vue de cette fameuse mine à ciel ouvert: le « Super Pit » comme ils l’appellent… N’y allez pas il n’y a plus rien à voir, ils ont tout enlevé et il ne reste plus qu’un énorme trou! Plaisanteries à part, c’est l’une des choses les plus incroyables que nous ayons vu en matière de « ce que l’homme est capable de faire »! Une immense excavation de 3,8 kilomètres de long par 2 de large, une profondeur de plus de 400 mètres et des pelleteuses  qui creusent sans relâche toujours plus profond à grand renfort d’explosifs. Ensuite, de gigantesques camions-bennes brulant 360 litres de diesel par heure, charrient à chaque voyage 225 tonnes de gravats vers l’usine qui séparera l’or des vulgaires cailloux! 360 litres de gasoil par heure vous entendez!! Pour une mine qui dispose d’une flotte ahurissante de « dévoreurs de pétrole » et qui fonctionne 24 h/24, 364 jours par an!!
Là, au bord de ce précipice géant d’où s’échappent continuellement de longs et plaintifs grondements, nous nous posions cette question: est-ce le vrombissement incessant des machines ou la Terre qui gémit de douleur car cette horrible gangrène se propage au plus profond de ses entrailles? En tous cas, nous pouvons le certifier, il existe ici en ce lieu insensé de quoi vous donner le vertige!

Le lundi 21 Juin 2010, nous nous sommes levés de bonne heure pour nous rendre le plus tôt possible à ce satané bureau des mines afin d’acheter « l’autorisation de prospecter ». Combien ça coûte? 30 dollars seulement. Je dis seulement car c’est un droit valable à vie et que vous êtes exonérés d’impôts jusqu’à 12000 dollars d’or trouvés et vendus par an. Au delà de cette somme, vous êtes tenus de la déclarer au fisc et de tout plaquer  pour vous consacrer exclusivement à cette nouvelle fièvre jaune qui s’installe en vous!
Enfin nous étions en possession de « tous les droits », mais il nous fallait faire une dernière petite chose… Faire des courses dans de petites villes du désert très reculées revient vite très onéreux. Ce n’est donc qu’en début d’après-midi, juste après avoir fait un maximum d’emplettes, que nous avons pris la « Goldfield Highway » en direction de Laverton.
Laverton est une de ces modestes villes où, de Mai à Septembre, bon nombre de chercheurs d’or se retrouvent chaque année dans l’espoir de déterrer « the big one ». Hors période, le climat désertique y est bien trop hostile et rend toute prospection impossible!
Tout au long de cette après-midi et de ces 350 kilomètres de route, je me suis efforcé de ne pas succomber aux délicieux charmes de certains paysages : collines  rocailleuses traversées de part en part par d’énormes veines de quartz en décomposition… Ou dit plus simplement : des coins très propices au développement de l’or quelques millions d’années auparavant!

Bref, nous ne nous sommes pas attardés sur le trajet et à 16 h, nous arrivions à notre premier lieu de bivouac : une aire de repos en bord de route à une trentaine de bornes de Laverton… Je sais, ce n’est pas très original, mais à seulement une heure de la tombée de la nuit, hors de question de s’aventurer sur un terrain totalement inconnu. Chercher de nuit un endroit pour camper est à exclure de tous raisonnements logiques car avec l’obscurité, vous pourriez dormir sur le territoire d’un ermite Australien légèrement dégénéré et donc ne plus jamais vous réveiller… Je ne vais pas vous pondre un scenario de film d’épouvante de seconde zone mais sachez qu’ici, grâce aux millions de corbeaux voraces qui hantent les plaines désertiques, les cadavres de kangourous écrasés en bord de route disparaissent comme neige au soleil… Se faire attaquer en plein désert loin de tout et de tous est chose bien trop facile… La prudence fût donc de rigueur!
Pour revenir à nos kangourous, (oui ici il faut dire kangourous attention!) il nous restait encore prés d’une heure de soleil alors que faire? Tester la machine?!!
Cric crac boum, le détecteur enfin monté n’attendait plus que mon index pousse le petit interrupteur chromé sur la position « Marche ». Wouaouh! Je ne savais pas encore si cette usine à gaz valait son pesant d’or, mais en tous cas, elle en avait l’air! La seconde d’après, je prenais déjà d’assaut les premiers mètres carrés des alentours à l’attaque de l’insolente pépite d’or qui oserait se mettre en travers de mon chemin.

« …uuuuuUUIIIIIUUuuuuu… »

La toute première fois que j’ai entendu ce son, je n’ai pas ressenti cette petite poussée d’adrénaline caractéristique que tout prospecteur ressant lorsque son détecteur de métaux se met à chanter. Je n’ai également pas ressenti les battements de mon cœur s’amplifier pour cogner contre ma poitrine, non, rien de tout cela… Par contre, je me suis écrié au fond de moi: « mon Dieu quel horrible son!! »
En France, je suis un mordu de détection de métaux de loisir, un passionné même. Je recherche ici et là (plages, forêts, clairières, laboures), tout objet perdu ou caché par l’homme et oublié par le temps. Quelques Euros, d’anciennes monnaies, des boutons de veste de toutes époques, boucles de ceinture, médailles militaire bref, je trouve de tout… Mais là est la passion, car ce tout qui s’apparente plutôt à un vulgaire tas de vieilleries, anime curiosité, connaissance de l’Histoire, imagination et surtout, l’âme d’enfant qui persiste encore au fond de moi! Car quel minot n’a jamais désiré ardemment découvrir un trésor enterré au beau milieu d’un sous bois!!
La grande majorité des détecteurs de métaux du Monde sont plutôt d’humeur silencieuse, mais dés le passage de la tête de détection au dessus de quelque chose de métallique, ils se mettent à sonner… Seulement là, avec la machine la plus coûteuse du marché, essayez d’imaginer le calvaire auditif que j’ai dû endurer. Le bruit perpétuel de l’horrible voisine qui passe son foutu aspirateur tous les Dimanches matins: « uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu ». C’est bien simple, après ma première journée de détection, j’ai passé la nuit avec cet agaçant bruit qui résonnait encore dans mes oreilles. Vous savez, un peu comme ce désagréable sifflet qui perdure longtemps après que vous soyez sortis de boite de nuit… Donc voilà, lorsque la machine détecte une pépite, ou une capsule de bière, ce bruit s’amplifie en tirant vers le: « UUIIIIIUU ».

Revenons maintenant à mon tout premier signal: « …uuuuuUUIIIIIUUuuuuu… »

Et hop, dégainant mon magnifique piochon que m’a offert Jamie, je me suis mis au travail! Un  passage de la tête du détecteur au dessus de mon trou: « uuuuuuu ». Un autre sur le petit monticule de terre: « uuuiiiIIIUUUIIIiiiuuu »! Je savais alors que l’objet ou la pépite, était dehors!
Ce que je suis en train de faire, et que je m’apprête à continuer de faire, peut, et pourra sans doute vous paraître étrange… Mais telle est l’incroyable parade que tout bon prospecteur se doit d’effectuer pour déterrer quelque chose. Chacun a ajouté ou enlevé quelques petits ingrédients à la recette, mais peu importe, elles se ressemblent fortement et voici donc la mienne:

·                    Balancer la tête de détection de droite à gauche tout en avançant lentement. La tête doit être le plus possible parallèle et proche du sol.

·                    Dès que le détecteur sonne à un endroit bien précis, passer et repasser sur la « chose » afin de la cibler au mieux et ne pas creuser à côté…

·                    Une fois la cible géographiquement visualisée dans le sol, analyser la surface du sol. Il n’est pas rare de ne pas avoir besoin de sa pioche.

·                    Si rien en surface, racler le sol sur 5 à 10 centimètres de profondeur et repasser un coup de détecteur. Si ça sonne encore, creuser plus profondément en répétant ce dernier point jusqu’à ce que la pépite soit hors de terre. (Je dis pépite car à chaque fois on s’attend à trouver de l’or)

·                    Un fois exhumé(e), étaler du pied le tas de terre fraiche qui renferme votre trésor. Et effectuer de nouveau un ciblage. Ré-étaler et cibler une dernière fois.

·                    Souvent à ce stade, on aperçoit l’objet car la pellicule de terre étalée est trop fine pour le recouvrir. Sinon, s’agenouiller, poser le détecteur à proximité, et prendre une pleine poignée de terre là où votre machine s’excite le plus.

·                    Passer cette poignée au dessus de la tête de détection. Si ça sonne, c’est bientôt gagné. Sinon, répéter la précédente étape. (Si difficultés, ne pas hésiter à ré-étaler, pour effectuer un meilleur ciblage)

·                    Un fois l’objet métallique capturé, commence la partie que je préfère! « Diviser pour mieux régner » disait César, et ici, on utilise le même principe. Diviser en versant dans votre seconde main la moitié de terre que votre première détient.

·                    S’aider du détecteur pour déterminer quelle main renferme la pépite, et réitérer le précédent point jusqu’à la découverte de votre cible.

Et voilà, maintenant que vous êtes des experts en détection de métaux, nous pouvons continuer.

J’ai donc appliqué à la lettre cette recette ancestrale sur ce premier son, pour ma première sortie prospection en Australie, lors de mon premier essai avec ce détecteur de compétition. Et bien premier trou : premier clou Australien!
Certes je vous l’accorde, c’est très décevant comme trouvaille mais c’est le quotidien du prospecteur. Il faut s’armer de patience, de persévérance et garder un esprit toujours positif en s’imaginant qu’à chaque instant, vous pouvez croiser le chemin d’une magnifique pépite qui attend là depuis des millions d’années…
Que ça soit pour la quête d’or, d’anciens artefacts, ou de petites monnaies sur une plage, la passion première de ce loisir n’est pas de trouver, mais de chercher… Et sachez qu’en trouvant ce vulgaire clou rouillé je fus très satisfait car cela signifiait une chose importante : mon Minelab GPX 4500 fonctionnait et était donc près pour le lendemain!

A suivre…

Album photos « Gold gold gold »

p7020009.jpg

2 Réponses à “Chercher une pépite dans une meule de foin.”


  • Bonjour Laetitia et Sylv,
    Les photos de cette fosse artificielle sont impressionnantes!!
    par contre cette ville est très originale!!
    Bises à tous les deux.
    Philou

  • Coucou vous deux

    Dommage pour le clou mais garde bien ce clou !!
    Il te rappellera des souvenirs …. :D

    Tiens , Pourquoi que 364 jour par an ?
    même les années bixetielles ?
    Pourquoi fermer un site à ciel ouvert ???
    :D

    Bisou

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