Pour réaliser ses rêves, il faut en ramasser!
Vendredi 16 Juillet, 19h, les dernières lueurs de Kalgoorlie à l’horizon viennent de disparaître derrière nous. Nous avons quitté la ville tardivement car nous avions quelques petites choses à faire avant de partir vers de nouvelles aventures. Déposer à la banque les cinq milles dollars en liquide issus de la vente du détecteur, faire des courses pour le long trajet à venir et faire une petite révision à Lumpy. Vidange, remplacement des filtres à huile et à air, pression des pneus, coup d’œil d’inspection sous le châssis et changement du liquide de refroidissement: rien n’a été oublié. Mais là, surprise! Il y avait un léger dépôt de « mayonnaise » sur le bouchon du radiateur, preuve évidente d’huile dans l’eau… Cela ne présageait rien de bon quant à la santé du joint de culasse… Point à surveiller attentivement donc, durant les prochains cinq milles kilomètres que nous devions parcourir pour atteindre Cairns, à l’extrême opposé de nous dans le Queensland.
Oui, nous étions sur le long chemin de la grande traversée Australienne de la capitale quasiment la plus au Sud-Ouest, à celle la plus au Nord-Est!
Le premier soir, nous avons parcouru prés de cinq cents kilomètres et nous avons emprunté la ligne droite la plus longue de ce vaste Pays: cent soixante six bornes sans le moindre virage, cent soixante six bornes plus soporifiques encore qu’un bon vieux Derrick un Dimanche après-midi!
C’est incroyable comme ce continent est vaste, nous avons vu une nouvelle fois des paysages magnifiques à perte de vue. Malheureusement je n’ai pas eu souven t l’occasion d’admirer ces œuvres d’art naturelles car la plupart du temps, je conduisais de nuit et Laetitia me relayait de jour pendant que je travaillais mes ronflements à l’arrière du van…
Nous avons traversé le Western ainsi que le South Australia en un clin d’œil et notre première véritable étape s’est faite à Broken Hill, autre ville minière dégénérée qui arrache aux entrailles de la Terre non pas de l’or, mais de l’argent. Nous nous sommes surtout arrêtés ici car un de mes proches Amis a pour rêve de créer un jeu vidéo portant le nom de cette ville. Son projet plongera le joueur dans ce lieu où l’esprit des anciens habitants expulsés (Aborigènes bien entendu) hante et déforme les fondements de la perception du réel et de l’irréel. Un jeu d’horreur bientôt sur vos ordinateurs et vos consoles j’en suis plus que persuadé!
Toujours à Broken Hill, nous avons profité d’être enfin dans une grande ville pour changer les pneus arrières de Lumpy. Ses petites escapades hors route n’avaient en rien arrangé l’état d’usure avancé de ses petits souliers…
Vers midi, nous avons repris la route, pour traverser Wilcania à une centaine de kilomètres plus loin, une minuscule petite ville déjà visitée par mon Père quatre années auparavant pour s’adonner à sa passion: le deltaplane. Ce fût vraiment étrange de savoir que mon Papa était là, à l’autre bout du monde et que maintenant, c’était à mon tour d’y être…
A ce stade du voyage, nous n’étions pas dans l’optique de trainasser et de faire du tourisme. En effet, sans compter les sous du détecteur, il nous fallait trouver rapidement du travail car nos comptes allaient sonner incessamment sous peu le gong final…
Nous sommes donc arrivés très rapidement dans le Queensland, mais à partir de la frontière, enfin du panneau « bienvenu dans le Queensland », notre excellente moyenne en a pris un coup. Pour économiser trois bonnes centaines de kilomètres, nous avons décidé d’emprunter des routes secondaires très jolies certes, mais très peu praticable! Cet État, tout comme le Northern Territory, est soumis à de fortes précipitations lors de la saison des pluies et les routes qui le quadrillent y sont très malmenées. Pas de problème pour les axes principaux qui sont régulièrement entretenus, mais en ce qui concerne nos petits raccourcis: bosses, nids de poules, fissures, tout y était pour maltraiter au plus haut point les vieux rouages de notre van, alors la vitesse moyenne est passée de quatre-vingt dix à soixante kilomètres par heure! De plus rouler de nuit fût chose très difficile à cause du nombre vertigineux de Kangourous sur les bas côtés, et malheureusement écrasés sur la chaussée… A un moment, nous avons été contraints de stopper juste à quelques centimètres d’un Kangourous monstrueusement grand! Probablement un Red Kangourous qui, à l’âge mûr, dépasse allègrement les deux mètres!
Tôt le matin suivant, alors que Laetitia était à la barre et que je terminais tranquillement ma nuit, un brutal coup de frein y a définitivement mis fin… De la cabine de pilotage, le capitaine a annoncé à ses passagers: « On a un nouveau petit pensionnaire! ». Sur le bord de la route, presque invisible derrière les herbes hautes, un Kookaburra se tenait là et il avait l’air mal en point… Ce pauvre oiseau avait été heurté par un véhicule, son aile gauche présentait une fracture ouverte et la mauvaise plaie était déjà rongée par des vers de mouches… Nous n’avons pas pu le laisser là, en proie à une mort certaine. L’homme étant responsable de sa blessure, nous nous devions de faire quelque chose! J’ai repris le commandement de Lumpy pendant que Laetitia s’affairait à nettoyer notre nouvel Ami, à retirer les horribles vers de sa chaire ensanglantée, et à l’hydrater rapidement. D’après son état, ça devait faire un bon moment que ce Kookaburra demandait de l’aide sur le bord de la route. Depuis combien de temps n’avait-il pas bu ou mangé? Trop longtemps certainement!
Le Kookaburra est un oiseau qui appartient à la famille des Martin chasseurs. Deux fois plus gros que nos Martin pêcheurs, celui-ci se nourrit de lézards, de souris ou encore d’oisillons. Il se pose stratégiquement en hauteur en attendant patiemment que son repas se montre en contrebas pour plonger tête baisée! Ce n’est pas ce qu’un enfant de cinq ans pourrait appeler un gentil petit oiseau de part ses penchants cruels et carnivores, mais ça reste un animal sauvage à protéger car bien évidemment, sa population diminue à vitesse grand V… La première fois que j’ai entendu leurs chants, je me suis écrié: « il y a des singes en Australie!! ». Oui, se rassemblant au lever ou à la tombée du jour, ils chantent ensemble à tue-tête pareils à une colonie de Macaque!
Donc voilà, nous étions maintenant trois à faire le voyage! Notre petit blessé sagement installé entre nous sur le siège du milieu semblait incroyablement tranquille et serein. Peut être en état de choque mais il n’en avait absolument pas l’air et il était loin d’être stressé. Il observait tout autour de lui, nous à tour de rôle, la route, les autres oiseaux dans le ciel, etc.
A la première ville, nous nous sommes arrêtés chez une vétérinaire pour voir ce que l’on pouvait faire de lui. Verdict: le piquer… Son aile était bien trop cassée pour qu’il puisse revoler un jour… Voyant notre tristesse, et surtout n’ayant rien à faire, elle a gracieusement nettoyé et aseptisé la plaie du malheureux en nous conseillant d’essayer plus au nord, à Townsville, pour trouver un organisme capable de s’en occuper.
Nous avons acheté des souris congelées dans une animalerie, qui d’habitude servent à nourrir des serpents en vivarium mais là, une fois ne serait pas coutume. Quelques instants sur le tableau de bord bien chaud pour en décongeler deux, et Laetitia en a présenté une par la queue devant le bec de notre convalescent. Il ne s’est pas fait prier pour la saisir, il l’a gardée environs dix bonnes minutes comme ça, puis l’a engloutie sans demander son reste. Enfin si car il s’en est envoyé une autre peu de temps après! Pour nous, un animal sauvage qui boit et qui mange était de très bon présage quant à son bon rétablissement.
A Townsville, nous avons trouvé un organisme se chargeant des animaux sauvages en détresse. Le problème c’est que la case départ, c’est un vétérinaire qui doit diagnostiquer l’état de la bête. Si elle n’est pas trop amochée, elle pourra peut être retrouver un zoo, ou mieux, la liberté. Dans le cas contraire, c’est la piqure…
Quelle déception lorsque que le vétérinaire nous a annoncé qu’il n’y avait aucune issue possible pour le Kookaburra. Aile cassée, gangrène, œil gauche totalement aveugle : il ne pourrait plus jamais voler et se nourrir par ses propres moyens… Nous étions en colère car il devait forcement exister un endroit avec des personnes habilitées à s’occuper de ces animaux estropiés par l’homme! Nous voulions aider cette pauvre petite bête et nous l’avons amené droit vers la mort!
Puis nous avons réfléchi. Car même avec une aile et un œil en moins, si quelqu’un acceptait de s’en charger, serait-il heureux? Finalement, la cage ne serait-elle pas pire que la mort? Nous avions fait tout notre possible, et au bout du compte, la sentence aurait été bien plus désagréable au bord de la route… Alors le vétérinaire lui a « offert » une mort douce, avec en prime pour se présenter devant le St Pierre des Animaux, deux bonnes souris bien juteuses dans le bide!
Après cet épisode, toujours sur la route menant vers notre destination Cairns, nous nous sommes arrêtés une petite heure dans une région aurifère pour terminer ce que j’avais commencé dix mois plus tôt. Il me fallait trouver un peu d’or du Queensland pour que notre petite fiole contienne des paillettes de chaque État. Premier coup de battée, deux micro-grains d’or! Trois battées plus tard, le pari était tenu!
(A suivre dans le futur ouvrage qui sera édité d’ici 2012)
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