Verte comme une Tomate

Pour réaliser ses rêves, il faut en ramasser!

Vendredi 16 Juillet, 19h, les dernières lueurs de Kalgoorlie à l’horizon viennent de disparaître derrière nous. Nous avons quitté la ville tardivement car nous avions quelques petites choses à faire avant de partir vers de nouvelles aventures. Déposer à la banque les cinq milles dollars en liquide issus de la vente du détecteur, faire des courses pour le long trajet à venir et faire une petite révision à Lumpy. Vidange, remplacement des filtres à huile et à air, pression des pneus, coup d’œil d’inspection sous le châssis et changement du liquide de refroidissement: rien n’a été oublié. Mais là, surprise! Il y avait un léger dépôt de « mayonnaise » sur le bouchon du radiateur, preuve évidente d’huile dans l’eau… Cela ne présageait rien de bon quant à la santé du joint de culasse… Point à surveiller attentivement donc, durant les prochains cinq milles kilomètres que nous devions parcourir pour atteindre Cairns, à l’extrême opposé de nous dans le Queensland.

Oui, nous étions sur le long chemin de la grande traversée Australienne de la capitale quasiment la plus au Sud-Ouest, à celle la plus au Nord-Est!
Le premier soir, nous avons parcouru prés de cinq cents kilomètres et nous avons emprunté la ligne droite la plus longue de ce vaste Pays: cent soixante six bornes sans le moindre virage, cent soixante six bornes plus soporifiques encore qu’un bon vieux Derrick un Dimanche après-midi!
C’est incroyable comme ce continent est vaste, nous avons vu une nouvelle fois des paysages magnifiques à perte de vue. Malheureusement je n’ai pas eu souven
t l’occasion d’admirer ces œuvres d’art naturelles car la plupart du temps, je conduisais de nuit et Laetitia me relayait de jour pendant que je travaillais mes ronflements à l’arrière du van…
Nous avons traversé le Western ainsi que le South Australia en un clin d’œil et notre première véritable étape s’est faite à Broken Hill, autre ville minière dégénérée qui arrache aux entrailles de la Terre non pas de l’or, mais de l’argent. Nous nous sommes surtout arrêtés ici car un de mes proches Amis a pour rêve de créer un jeu vidéo portant le nom de cette ville. Son projet plongera le joueur dans ce lieu où l’esprit des anciens habitants expulsés (Aborigènes bien entendu) hante et déforme les fondements de la perception du réel et de l’irréel. Un jeu d’horreur bientôt sur vos ordinateurs et vos consoles j’en suis plus que persuadé!
Toujours à Broken Hill, nous avons profité d’être enfin dans une grande ville pour changer les pneus arrières de Lumpy. Ses petites escapades hors route n’avaient en rien arrangé l’état d’usure avancé de ses petits souliers…
Vers midi, nous avons repris la route, pour traverser Wilcania à une centaine de kilomètres plus loin, une minuscule petite ville déjà visitée par mon Père quatre années auparavant pour s’adonner à sa passion: le deltaplane. Ce fût vraiment étrange de savoir que mon Papa était là, à l’autre bout du monde et que maintenant, c’était à mon tour d’y être…

A ce stade du voyage, nous n’étions pas dans l’optique de trainasser et de faire du tourisme. En effet, sans compter les sous du détecteur, il nous fallait trouver rapidement du travail car nos comptes allaient sonner incessamment sous peu le gong final…
Nous sommes donc arrivés très rapidement dans le Queensland, mais à partir de la frontière, enfin du panneau « bienvenu dans le Queensland », notre excellente moyenne en a pris un coup. Pour économiser trois bonnes centaines de kilomètres, nous avons décidé d’emprunter des routes secondaires très jolies certes, mais très peu praticable! Cet État, tout comme le Northern Territory, est soumis à de fortes précipitations lors de la saison des pluies et les routes qui le quadrillent y sont très malmenées. Pas de problème pour les axes principaux qui sont régulièrement entretenus, mais en ce qui concerne nos petits raccourcis: bosses, nids de poules, fissures, tout y était pour maltraiter au plus haut point les vieux rouages de notre van, alors la vitesse moyenne est passée de quatre-vingt dix à soixante kilomètres par heure! De plus rouler de nuit fût chose très difficile à cause du nombre vertigineux de Kangourous sur les bas côtés, et malheureusement écrasés sur la chaussée… A un moment, nous avons été contraints de stopper juste à quelques centimètres d’un Kangourous monstrueusement grand! Probablement un Red Kangourous qui, à l’âge mûr, dépasse allègrement les deux mètres!

Tôt le matin suivant, alors que Laetitia était à la barre et que je terminais tranquillement ma nuit, un brutal coup de frein y a définitivement mis fin… De la cabine de pilotage, le capitaine a annoncé à ses passagers: « On a un nouveau petit pensionnaire! ». Sur le bord de la route, presque invisible derrière les herbes hautes, un Kookaburra se tenait là et il avait l’air mal en point… Ce pauvre oiseau avait été heurté par un véhicule, son aile gauche présentait une fracture ouverte et la mauvaise plaie était déjà rongée par des vers de mouches… Nous n’avons pas pu le laisser là, en proie à une mort certaine. L’homme étant responsable de sa blessure, nous nous devions de faire quelque chose! J’ai repris le commandement de Lumpy pendant que Laetitia s’affairait à nettoyer notre nouvel Ami, à retirer les horribles vers de sa chaire ensanglantée, et à l’hydrater rapidement. D’après son état, ça devait faire un bon moment que ce Kookaburra demandait de l’aide sur le bord de la route. Depuis combien de temps n’avait-il pas bu ou mangé? Trop longtemps certainement!
Le Kookaburra est un oiseau qui appartient à la famille des Martin chasseurs. Deux fois plus gros que nos Martin pêcheurs, celui-ci se nourrit de lézards, de souris ou encore d’oisillons. Il se pose stratégiquement en hauteur en attendant patiemment que son repas se montre en contrebas pour plonger tête baisée! Ce n’est pas ce qu’un enfant de cinq ans pourrait appeler un gentil petit oiseau de part ses penchants cruels et carnivores, mais ça reste un animal sauvage à protéger car bien évidemment, sa population diminue à vitesse grand V… La première fois que j’ai entendu leurs chants, je me suis écrié: « il y a des singes en Australie!! ». Oui, se rassemblant au lever ou à la tombée du jour, ils chantent ensemble à tue-tête pareils à une colonie de Macaque!
Donc voilà, nous étions maintenant trois à faire le voyage! Notre petit blessé sagement installé entre nous sur le siège du milieu semblait incroyablement tranquille et serein. Peut être en état de choque mais il n’en avait absolument pas l’air et il était loin d’être stressé. Il observait tout autour de lui, nous à tour de rôle, la route, les autres oiseaux dans le ciel, etc.
A la première ville, nous nous sommes arrêtés chez une vétérinaire pour voir ce que l’on pouvait faire de lui. Verdict: le piquer… Son aile était bien trop cassée pour qu’il puisse revoler un jour… Voyant notre tristesse, et surtout n’ayant rien à faire, elle a gracieusement nettoyé et aseptisé la plaie du malheureux en nous conseillant d’essayer plus au nord, à Townsville, pour trouver un organisme capable de s’en occuper.
Nous avons acheté des souris congelées dans une animalerie, qui d’habitude servent à nourrir des serpents en vivarium mais là, une fois ne serait pas coutume. Quelques instants sur le tableau de bord bien chaud pour en décongeler deux, et Laetitia en a présenté une par la queue devant le bec de notre convalescent. Il ne s’est pas fait prier pour la saisir, il l’a gardée environs dix bonnes minutes comme ça, puis l’a engloutie sans demander son reste. Enfin si car il s’en est envoyé une autre peu de temps après! Pour nous, un animal sauvage qui boit et qui mange était de très bon présage quant à son bon rétablissement.
A Townsville, nous avons trouvé un organisme se chargeant des animaux sauvages en détresse. Le problème c’est que la case départ, c’est un vétérinaire qui doit diagnostiquer l’état de la bête. Si elle n’est pas trop amochée, elle pourra peut être retrouver un zoo, ou mieux, la liberté. Dans le cas contraire, c’est la piqure…
Quelle déception lorsque que le vétérinaire nous a annoncé qu’il n’y avait aucune issue possible pour le Kookaburra. Aile cassée, gangrène, œil gauche totalement aveugle : il ne pourrait plus jamais voler et se nourrir par ses propres moyens… Nous étions en colère car il devait forcement exister un endroit avec des personnes habilitées à s’occuper de ces animaux estropiés par l’homme! Nous voulions aider cette pauvre petite bête et nous l’avons amené droit vers la mort!
Puis nous avons réfléchi. Car même avec une aile et un œil en moins, si quelqu’un acceptait de s’en charger, serait-il heureux? Finalement, la cage ne serait-elle pas pire que la mort? Nous avions fait tout notre possible, et au bout du compte, la sentence aurait été bien plus désagréable au bord de la route… Alors le vétérinaire lui a « offert » une mort douce, avec en prime pour se présenter devant le St Pierre des Animaux, deux bonnes souris bien juteuses dans le bide!

Après cet épisode, toujours sur la route menant vers notre destination Cairns, nous nous sommes arrêtés une petite heure dans une région aurifère pour terminer ce que j’avais commencé dix mois plus tôt. Il me fallait trouver un peu d’or du Queensland pour que notre petite fiole contienne des paillettes de chaque État. Premier coup de battée, deux micro-grains d’or! Trois battées plus tard, le pari était tenu!

(A suivre dans le futur ouvrage qui sera édité d’ici 2012)

 album photos :

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Chercher une pépite dans une meule de foin. (Dernière partie)

Encore une nuit où Monsieur le Marchant de sable a eu du fil à retordre avec mon sommeil… Même Morphée avec ses bras si avenants pouvait aller se rhabiller! Maintenant que j’avais trouvé la première, je n’ai cessé de planifier la journée du lendemain pendant mon insomnie. Comment allais-je procéder pour passer la zone au peigne fin? Était-ce juste une pépite oubliée par les autres chercheurs d’or ou étions-nous en territoire vierge? Si tel était le cas, il devait probablement y en avoir d’autres! Mais que cette parcelle n’ait jamais été explorée était chose difficile à croire à cause de la proximité avec la mine, le ruisseau, le chemin, et toutes les traces de 4×4 ici et là…
L’avenir appartient à celles et ceux qui se lèvent tôt et aux premières lueurs de l’aube, je me suis mis au travail dans la brume et la froideur matinale. Oui, il ne faut pas croire qu’en Australie short/T-shirt est la tenue la plus prisée… Nous pouvons vous affirmer avec ferveur que nous avons passé dans ce désert les jours et les nuits les plus froides de notre voyage! Les températures nocturnes ont dû frôler le 0, la glace sur le pare brise étant là pour en témoigner.
10 petites minutes de marche rapide ont suffi pour rejoindre mon tant espéré Eldorado. J’ai réglé le détecteur afin d’obtenir un maximum de sensibilité sans négliger la stabilité sonore, et j’ai sondé la zone perpendiculairement au lit de la petite rivière. Marquant le sol d’un trait tous les 3 mètres à l’aide de mon piochon, je détectais avec grande attention et concentration en descendant vers la mine et le Van. Avec concentration car la moindre fluctuation du niveau sonore peut se transformer en or! 15 minutes et 2 merdouilles plus tard, un signal à la tonalité plutôt intéressante s’est fait entendre dans mon casque au même niveau que la première pépite de la veille…

(A suivre dans le futur ouvrage qui sera édité d’ici 2012)

 Photos de l’aventure:

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Chercher une pépite dans une meule de foin. (2ème Partie)

Mardi 22 Juin 2010. La nuit fût difficile car il n’est pas évident de chasser de son esprit un rêve que l’on est sur le point de réaliser. En revanche, tel un gosse le matin de Noël, le réveil de 6h30 fût lui, très facile à gérer! Quelques secondes seulement ont suffit pour m’extirper du lit, enfiler mes habits, et tourner la clef de contact de Lumpy !
Ce matin là, il n’a pas été aisé de rouler calmement vers un petit coin repéré la veille sur une carte détaillée de la région. Pourquoi rouler lentement ? Parce que ma chère et tendre Laetitia avait quant à elle décidé de finir sa nuit tranquillement bien au chaud sous la couette. Je ne me souviens plus très bien de ce petit passage de l’aventure, mais il me semble que le van a fait d’étranges bruits pendant ces 20 minutes de route… Bruits semblables à une « masse » se cognant de part et d’autre à l’arrière du véhicule à chaque virage, trou, ou nid de poule. Il m’a même semblé entendre à plusieurs reprises des hurlements et des insultes profanées à mon égard. J’ai bien évidemment mis tout cela sur le compte de la très mauvaise nuit passée et donc de la fatigue qui me jouait certainement des hallucinations auditives…

Nous sommes arrivés sur la zone à 7h: colline rocailleuse, sol criblé de morceaux de quartz et proximité avec une ancienne mine d’or abandonnée. J’ai juste eu le temps d’avaler une banane en guise de petit déjeuné et de faire un bisou à Laetitia pour me faire pardonner que je me suis retrouvé illico presto en tenu de chercheur d’or des temps modernes. Sillonner entre la rocaille à la recherche de la pépite qui devait m’attendre là quelque-par, tel était mon nouveau fardeau en cette belle matinée ensoleillée.

Le coin n’était heureusement pas trop pollué, et j’ai dû déterrer deux ou trois merdouilles avant une découverte intéressante. Signal propre, cible relativement profonde, ronde, et en cuivre: un Penny Australien de 1914!! J’ai bien rigolé sur le coup car trouver de vieilles monnaies est la chose que je préfère en France (en matière de détection bien sur).
Ce jour là je n’ai pas trouvé d’or mais j’étais tout de même content de ma journée de prospection. Je me suis familiarisé avec le détecteur qui m’a vraiment surpris par ses performances! Il m’est arrivé de trouver des micro-bouts de fil de fer à plus de 10 centimètres sous terre! A titre de comparaison, mon autre machine restée en France serait incapable de les détecter. Voilà pourquoi j’étais satisfait, car si une pépite, si petite soit-elle, était amenée à passer sous mes pieds, elle ne m’échapperait pas! 

Ces trois semaines se sont déroulées…

(A suivre dans le futur ouvrage qui sera édité d’ici 2012)

Chercher une pépite dans une meule de foin.

Jamais deux sans quarante-trois…

Lorsque l’on prépare une petite expédition de 3 semaines intensives de détection dans le désert, on prévoit tout… De ce que l’on va manger en dessert à la planche en bois qui nous servirait en cas d’enlisement, oui, on prévoit tout, du moins on essaye. Car à seulement 25 kilomètres de la ville de Kalgoorlie, le plus prévisible vous frappe de plein fouet : nous sommes Samedi !!
Rien de dramatique pensez-vous ? Sauf que pour détecter en toute légalité sur le sol Australien, une licence est nécessaire : les droits du mineur (Miner’s Right). Où peut-on s’en procurer une ? A l’administration du mineur et des mines bien sûr, et comme très certainement toutes les administrations du Monde, le Samedi comme le Dimanche, c’est fermé…

Zut ! Déjà deux jours de perdus alors que le détecteur n’était même pas encore sorti de sa boite d’emballage. Enfin ce qui a surtout été perdu, ce sont les deux nuits au camping  que j’ai dû payer… Et je dis bien « j’ai », car à partir de là, camping et essence étaient à ma charge. Chercher de l’or étant mon rêve, je devais bien ça à Laetitia.

On a donc profité au mieux de notre week-end forcé à Kalgoorlie. Ballades dans des rues infestées de bijouteries arborant fièrement de magnifiques pépites d’or. Rues également infestées de nombreux édifices « westernageux », de bars, de pubs, de tavernes, et d’établissements servant de l’alcool.
Pour ceux et celles qui n’ont jamais entendu parler de la ville de Kalgoorlie, sachez simplement qu’avec sa monstrueuse mine d’or à ciel ouvert, elle est devenue au fil des années la capitale Australienne de ce précieux métal jaune… Fondée en 1893 à la suite de la découverte d’or à son emplacement actuel, elle a gardé à peu de choses près son apparence architecturale d’autrefois.
Vous avez dû remarquer à quel point j’ai insisté sur les bars et autres pubs… Et bien oui, là où il y a de l’or, il y a généralement beaucoup de vices et de péchés: alcool, argent, jeux, sexe… C’est dans la nature de l’Homme parait-il. Tenez, puisque l’on parle de sexe, saviez-vous qu’ici, votre bière vous est servie seins nues?! Et ça peut aller même beaucoup plus loin si affinité avec vos bourses! (Je fais ici allusion au porte-monnaie bien entendu…)

Le dimanche nous nous sommes rendus à l’un des différents points de vue de cette fameuse mine à ciel ouvert: le « Super Pit » comme ils l’appellent… N’y allez pas il n’y a plus rien à voir, ils ont tout enlevé et il ne reste plus qu’un énorme trou! Plaisanteries à part, c’est l’une des choses les plus incroyables que nous ayons vu en matière de « ce que l’homme est capable de faire »! Une immense excavation de 3,8 kilomètres de long par 2 de large, une profondeur de plus de 400 mètres et des pelleteuses  qui creusent sans relâche toujours plus profond à grand renfort d’explosifs. Ensuite, de gigantesques camions-bennes brulant 360 litres de diesel par heure, charrient à chaque voyage 225 tonnes de gravats vers l’usine qui séparera l’or des vulgaires cailloux! 360 litres de gasoil par heure vous entendez!! Pour une mine qui dispose d’une flotte ahurissante de « dévoreurs de pétrole » et qui fonctionne 24 h/24, 364 jours par an!!
Là, au bord de ce précipice géant d’où s’échappent continuellement de longs et plaintifs grondements, nous nous posions cette question: est-ce le vrombissement incessant des machines ou la Terre qui gémit de douleur car cette horrible gangrène se propage au plus profond de ses entrailles? En tous cas, nous pouvons le certifier, il existe ici en ce lieu insensé de quoi vous donner le vertige!

Le lundi 21 Juin 2010, nous nous sommes levés de bonne heure pour nous rendre le plus tôt possible à ce satané bureau des mines afin d’acheter « l’autorisation de prospecter ». Combien ça coûte? 30 dollars seulement. Je dis seulement car c’est un droit valable à vie et que vous êtes exonérés d’impôts jusqu’à 12000 dollars d’or trouvés et vendus par an. Au delà de cette somme, vous êtes tenus de la déclarer au fisc et de tout plaquer  pour vous consacrer exclusivement à cette nouvelle fièvre jaune qui s’installe en vous!
Enfin nous étions en possession de « tous les droits », mais il nous fallait faire une dernière petite chose… Faire des courses dans de petites villes du désert très reculées revient vite très onéreux. Ce n’est donc qu’en début d’après-midi, juste après avoir fait un maximum d’emplettes, que nous avons pris la « Goldfield Highway » en direction de Laverton.
Laverton est une de ces modestes villes où, de Mai à Septembre, bon nombre de chercheurs d’or se retrouvent chaque année dans l’espoir de déterrer « the big one ». Hors période, le climat désertique y est bien trop hostile et rend toute prospection impossible!
Tout au long de cette après-midi et de ces 350 kilomètres de route, je me suis efforcé de ne pas succomber aux délicieux charmes de certains paysages : collines  rocailleuses traversées de part en part par d’énormes veines de quartz en décomposition… Ou dit plus simplement : des coins très propices au développement de l’or quelques millions d’années auparavant!

Bref, nous ne nous sommes pas attardés sur le trajet et à 16 h, nous arrivions à notre premier lieu de bivouac : une aire de repos en bord de route à une trentaine de bornes de Laverton… Je sais, ce n’est pas très original, mais à seulement une heure de la tombée de la nuit, hors de question de s’aventurer sur un terrain totalement inconnu. Chercher de nuit un endroit pour camper est à exclure de tous raisonnements logiques car avec l’obscurité, vous pourriez dormir sur le territoire d’un ermite Australien légèrement dégénéré et donc ne plus jamais vous réveiller… Je ne vais pas vous pondre un scenario de film d’épouvante de seconde zone mais sachez qu’ici, grâce aux millions de corbeaux voraces qui hantent les plaines désertiques, les cadavres de kangourous écrasés en bord de route disparaissent comme neige au soleil… Se faire attaquer en plein désert loin de tout et de tous est chose bien trop facile… La prudence fût donc de rigueur!
Pour revenir à nos kangourous, (oui ici il faut dire kangourous attention!) il nous restait encore prés d’une heure de soleil alors que faire? Tester la machine?!!
Cric crac boum, le détecteur enfin monté n’attendait plus que mon index pousse le petit interrupteur chromé sur la position « Marche ». Wouaouh! Je ne savais pas encore si cette usine à gaz valait son pesant d’or, mais en tous cas, elle en avait l’air! La seconde d’après, je prenais déjà d’assaut les premiers mètres carrés des alentours à l’attaque de l’insolente pépite d’or qui oserait se mettre en travers de mon chemin.

« …uuuuuUUIIIIIUUuuuuu… »

La toute première fois que j’ai entendu ce son, je n’ai pas ressenti cette petite poussée d’adrénaline caractéristique que tout prospecteur ressant lorsque son détecteur de métaux se met à chanter. Je n’ai également pas ressenti les battements de mon cœur s’amplifier pour cogner contre ma poitrine, non, rien de tout cela… Par contre, je me suis écrié au fond de moi: « mon Dieu quel horrible son!! »
En France, je suis un mordu de détection de métaux de loisir, un passionné même. Je recherche ici et là (plages, forêts, clairières, laboures), tout objet perdu ou caché par l’homme et oublié par le temps. Quelques Euros, d’anciennes monnaies, des boutons de veste de toutes époques, boucles de ceinture, médailles militaire bref, je trouve de tout… Mais là est la passion, car ce tout qui s’apparente plutôt à un vulgaire tas de vieilleries, anime curiosité, connaissance de l’Histoire, imagination et surtout, l’âme d’enfant qui persiste encore au fond de moi! Car quel minot n’a jamais désiré ardemment découvrir un trésor enterré au beau milieu d’un sous bois!!
La grande majorité des détecteurs de métaux du Monde sont plutôt d’humeur silencieuse, mais dés le passage de la tête de détection au dessus de quelque chose de métallique, ils se mettent à sonner… Seulement là, avec la machine la plus coûteuse du marché, essayez d’imaginer le calvaire auditif que j’ai dû endurer. Le bruit perpétuel de l’horrible voisine qui passe son foutu aspirateur tous les Dimanches matins: « uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu ». C’est bien simple, après ma première journée de détection, j’ai passé la nuit avec cet agaçant bruit qui résonnait encore dans mes oreilles. Vous savez, un peu comme ce désagréable sifflet qui perdure longtemps après que vous soyez sortis de boite de nuit… Donc voilà, lorsque la machine détecte une pépite, ou une capsule de bière, ce bruit s’amplifie en tirant vers le: « UUIIIIIUU ».

Revenons maintenant à mon tout premier signal: « …uuuuuUUIIIIIUUuuuuu… »

Et hop, dégainant mon magnifique piochon que m’a offert Jamie, je me suis mis au travail! Un  passage de la tête du détecteur au dessus de mon trou: « uuuuuuu ». Un autre sur le petit monticule de terre: « uuuiiiIIIUUUIIIiiiuuu »! Je savais alors que l’objet ou la pépite, était dehors!
Ce que je suis en train de faire, et que je m’apprête à continuer de faire, peut, et pourra sans doute vous paraître étrange… Mais telle est l’incroyable parade que tout bon prospecteur se doit d’effectuer pour déterrer quelque chose. Chacun a ajouté ou enlevé quelques petits ingrédients à la recette, mais peu importe, elles se ressemblent fortement et voici donc la mienne:

·                    Balancer la tête de détection de droite à gauche tout en avançant lentement. La tête doit être le plus possible parallèle et proche du sol.

·                    Dès que le détecteur sonne à un endroit bien précis, passer et repasser sur la « chose » afin de la cibler au mieux et ne pas creuser à côté…

·                    Une fois la cible géographiquement visualisée dans le sol, analyser la surface du sol. Il n’est pas rare de ne pas avoir besoin de sa pioche.

·                    Si rien en surface, racler le sol sur 5 à 10 centimètres de profondeur et repasser un coup de détecteur. Si ça sonne encore, creuser plus profondément en répétant ce dernier point jusqu’à ce que la pépite soit hors de terre. (Je dis pépite car à chaque fois on s’attend à trouver de l’or)

·                    Un fois exhumé(e), étaler du pied le tas de terre fraiche qui renferme votre trésor. Et effectuer de nouveau un ciblage. Ré-étaler et cibler une dernière fois.

·                    Souvent à ce stade, on aperçoit l’objet car la pellicule de terre étalée est trop fine pour le recouvrir. Sinon, s’agenouiller, poser le détecteur à proximité, et prendre une pleine poignée de terre là où votre machine s’excite le plus.

·                    Passer cette poignée au dessus de la tête de détection. Si ça sonne, c’est bientôt gagné. Sinon, répéter la précédente étape. (Si difficultés, ne pas hésiter à ré-étaler, pour effectuer un meilleur ciblage)

·                    Un fois l’objet métallique capturé, commence la partie que je préfère! « Diviser pour mieux régner » disait César, et ici, on utilise le même principe. Diviser en versant dans votre seconde main la moitié de terre que votre première détient.

·                    S’aider du détecteur pour déterminer quelle main renferme la pépite, et réitérer le précédent point jusqu’à la découverte de votre cible.

Et voilà, maintenant que vous êtes des experts en détection de métaux, nous pouvons continuer.

J’ai donc appliqué à la lettre cette recette ancestrale sur ce premier son, pour ma première sortie prospection en Australie, lors de mon premier essai avec ce détecteur de compétition. Et bien premier trou : premier clou Australien!
Certes je vous l’accorde, c’est très décevant comme trouvaille mais c’est le quotidien du prospecteur. Il faut s’armer de patience, de persévérance et garder un esprit toujours positif en s’imaginant qu’à chaque instant, vous pouvez croiser le chemin d’une magnifique pépite qui attend là depuis des millions d’années…
Que ça soit pour la quête d’or, d’anciens artefacts, ou de petites monnaies sur une plage, la passion première de ce loisir n’est pas de trouver, mais de chercher… Et sachez qu’en trouvant ce vulgaire clou rouillé je fus très satisfait car cela signifiait une chose importante : mon Minelab GPX 4500 fonctionnait et était donc près pour le lendemain!

A suivre…

Album photos « Gold gold gold »

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