Cela fait maintenant un mois jour pour jour que nous travaillons.
Aujourd’hui c’est Noël, nous sommes le 25 Décembre 2009 et nous nous réveillons gentiment d’une nuit plutôt sonorisée. Nous avons organisé une petite soirée crêpes entre quelques « piqueurs » Français, et laissez-moi-vous dire que même loin des crevettes et autres dindes farcies, nous nous sommes régalés ! Un réveillon plutôt agréable et bien arrosé en attendant l’heure fatidique, minuit, l’heure des cadeaux, l’heure des bisous, l’heure de l’enfance… La veille nous nous étions laissés l’un l’autre une petite heure dans un centre commerciale pour nous acheter quelques petits présents. Histoire de ne pas faillir à la tradition et de se faire plaisir. Je ne vous cache pas qu’il a été très difficile de faire patienter Laetitia jusqu’aux douze coups, mais j’y suis parvenu au prix de grands efforts ! Une vraie gamine celle là ! Mais vous le savez aussi bien que moi, l’attente et l’interdiction ne font qu’accroître le plaisir non ? Et c’est les yeux tout pétillants que nous avons enfin ouvert ces fameux petits paquets si convoités. Un joli pendentif en argent et une mignonne petite vachette en peluche pour ma Chère et Tendre. Quand à moi, j’ai découvert une pièce de monnaie et un petit appareil qui permet de masser. Alors allez savoir si ce dernier m’est réellement destiné ou pas ! Non trêve de plaisanterie, masser ou être masser sont deux choses extrêmement plaisantes je trouve. En ce qui concerne la monnaie il ne s’agit pas de n’importe quelle pièce… C’est une magnifique cinq dollars en Or à l’effigie du grand Requin blanc ! Si Laetitia avait voulu me faire plaisir, elle ne s’y serait pas prise autrement.
Bon sinon quoi d’autre ? Ah oui, le travail ! Comme vous le savez, nous travaillons dans une très grande exploitation de cerisiers. 30 hectares et pas moins de 30000 Arbres chargés de ce délicieux fruit à chair rouge. Située non loin de Melbourne, dans le compté de Wandin, « Cherry Hill » est la troisième ferme de cerises de la Victoria en superficie. Le boulot est simple : levé à 6h45, prêt à « piquer » à 7h00 et c’est parti pour entre 7 et 8 heures non-stop. Ramasser des cerises est relativement simple, mais par contre, nous sommes payés au rendement donc plus vous êtes rapide, mieux ça vaut pour votre porte monnaies. Et c’est donc là que je vais aborder un sujet qui passionne l’homme depuis des lustres : l’argent… Laetitia « pique » plus vite que moi. Sans doute la motivation, la taille des doigts et la gourmandise qui entrent en jeu mais voilà pour mon coté macho, ma petite Femme rapporte plus d’argent à la maison ! Grrr D’après mon Père, c’est parce qu’elle aurait l’habitude des petites boules… Trêves de plaisanteries et revenons à nos doublons : pour une journée de 8h, comptez en moyenne 140 dollars. Pour la journée record, Laetitia gagne 268 dollars pour 9h30 de travail sans pause aucune, quant à moi, j’atteins péniblement le 192 dollars… Et depuis le mois et les quelques jours que nous sommes ici, soit 26 jours de boulot seulement, nous avons gagnés en tout pour tous les deux 6142 dollars. C’est bien plus que ce que nous espérions, mais il y a beaucoup plus à gagner ! Certains « piqueurs » d’expérience récoltent en moyenne près de 500 dollars de cerises par jours !!! Je vous laisse calculer pour le mois…

Travailler en plein air aux milieux des Arbres est très plaisant. Mais là où ça se gâte, c’est que dès qu’il s’agit d’argent, l’homme devient plus ou moins stupide et incorrecte avec son prochain. J’explique : On vous attribut une rangée ou plusieurs Arbres à « piquer », et naturellement, certain sont plus chargés que d’autre, donc le matin commence une véritable petite course et une véritable petite guerre pour se réserver son Eldorado de cerises. Cela étant déjà assez stressant, il faut ajouter le fait que chacun tente plus où moins de remplir ces barquettes sous le seuil d’acceptance… Au bout du compte, injustice croyez-moi car 6 barquettes quelque peu légères valent sans problème 4 correctement remplies. Et puis en fin de journée, chacun, avec toute l’hypocrisie du monde demande à l’autre : « combien aujourd’hui ? » Et on fait semblant de se féliciter, on se justifie d’avoir moins fait d’argent parce que ceci, parce cela… Bref, cette ambiance m’a relativement vite agacé et j’ai heureusement pu m’éclipser du « picking » pour me retrouver parmi les petits chefs pour réaliser les tournés en tracteur et ramasser les barquettes de chacun, tourner en quad ou en jeep pour amener les différents « piqueurs » dans les rangées, ou encore apporter des échelles dans les endroits stratégiques. Il m’est arrivé deux nuits de suites de patrouiller en quad dans les cerisiers pour faire fuir des Roussettes, des Chauves-souris géantes quoi ! Ce fut un travail un peu plus intéressant, donnant plus de responsabilités, et plus varié que de ramasser des cerises. Payé à l’heure, donc un peu plus rentable pour moi sur deux plans : le porte monnaie et mon moral vu la « tension » dans les champs…
Vous savez à peu prés tout maintenant sur notre travail ici. Mais il y a de moins en moins de cerisiers encore vierges et nous sommes de plus en plus nombreux. Juste des demi-journées de boulot, des journées en chômage technique qui se multiplient et une ambiance qui se dégrade au camping… Oui la ferme dispose d’un espace camping avec cuisine, douche, frigidaire et lave linge pour presque rien par semaine. Nous ne pouvions pas rêver mieux, mais la vie en communauté n’est pas facile quand vous ne supportez pas l’irrespect et le « je m’en foutisme ». Je ne vais pas disserter sur ce passage non réjouissant de l’aventure mais toujours est-il qu’heureusement, Laetitia et moi avons encore quelques neurones qui fonctionnent et nous empêchent de ne pas craquer totalement et causer l’irréversible. Je sais jusqu’où les hommes peuvent aller dans la bêtise et je sais aussi jusqu’où nous pourrions aller dans la folie. L’histoire s’est donc terminée par l’arrivée de la police, le départ forcé de certaines personnes du camping et de notre départ vers une autre exploitation du même patron, 200 kilomètres plus au nord…
Aujourd’hui nous sommes à Tolmie, toujours en Victoria. La région est très agréable : c’est vert, vallonné, il ne fait pas trop chaud et elle propose de nombreuses activités. J’ai pu ressortir ma pelle et ma batée pour trouver encore quelques paillettes d’or et de petites pierres transparentes… Nous sommes allés au champ de courses pour miser quelques dollars sur les bons canassons, journée très agréable. Et j’ai pu également me réessayer aux sensations extrêmes du VTT de descente dans une très belle station de ski de la Victoria, le Mont Buller. Mais ce ne fût pas chose facile d’y arriver à cette fameuse station ! Parce que plutôt que de prendre la route, j’ai décidé d’emprunter une piste réservée au 4×4, c’est bien plus joli de traverser la Forêt pardi ! Après 15 kilomètres de chemins de terre et de pierres quasi infranchissables sans un véhicule quatre roues motrices, après s’y être reprit à trois fois pour parvenir au sommet d’une montée impossible entre falaise et précipice, nous sommes enfin arrivés ! Pizza pour se restaurer et j’ai finalement garé le van pour passer la nuit, dans un fossé complètement inondé… Impossible de s’en sortir !! Les roues arrière noyées dans la vase, nous avons finalement dû trouver une âme charitable pour nous tracter hors de ce véritable piège. Nous avons bien rigolé, surtout quand nous avons vu la tête du gars après lui avoir annoncé notre parcours pour venir ici !

Oulala ! Mais j’ai bien faillit oublier de parler de ce fameux réveillon du jour de l’an ! Nous nous sommes rendus à Mansfield, une vraie ville à 30 kilomètres Tolmie, pour y trouver un vrai restaurant… Chose relativement difficile en Australie et surtout dans cette Pampa ! Nous atterrissons finalement dans un très chic établissement avec spécialités Thaï. Petits cocktails originaux à base de crème de café pour Laetitia et quant à moi, un doux breuvage fortement alcoolisé avec feuilles d’or en surface… Si si, j’ai bu de l’or ! Mais ce n’est pas ça qui étanchera ma légère fièvre pour ce beau métal. Le repas fût délicieux mais très épicé, et croyez moi, manger et pisser en même temps n’est pas chose facile… Désolé, mais c’était pour la petite note humoristique de l’article. Très bon donc mais à 23h, nous tombons de fatigue et de sommeil : direction le dodo… Et oui, nous n’avons pas attendu les douze coups de minuit mais à 00h30, un orage cataclysmique s’est abattu sur nous. Tellement d’éclairs à la seconde que nous aurions pu aisément prendre la route en pleine nuit sans phares. 2010 nettoie toute la crasse de 2009, l’année s’annonce bien !
Le travail à Tolmie s’est déjà arrêté depuis deux jours pour recommencer dans une semaine : les cerises ne sont pas encore tout à fait mûres. Nous décidons donc de retourner à la première exploitation pour travailler un petit peu, et surtout bénéficier du camping car à Tolmie, à part une taverne il n’y a rien ! Voilà donc pour les dernières aventures, nous sommes dans une phase de longue attente et nous espérons pouvoir nous faire encore un petit peu d’argent avant le départ pour la Tasmanie ! Et oui, nous avons acheté des billets pour le ferry le 24 janvier. Nous voulions et nous aurions pu partir plus tôt mais c’était deux voir trois fois plus onéreux…
A propos du Van… Encore de nombreuses péripéties ! Pour commencer, ou plutôt recommencer, l’alternateur qui a refait des siennes lors de la petite journée sur Phillip Island, petite ile complètement au sud de l’Australie près de Melbourne. Toujours le même problème, le voyant de la batterie qui s’allume sur le tableau de bord, donc une batterie qui ne charge pas à cause d’un alternateur défaillant. Et c’est reparti pour de nombreuses séances de coups secs sur l’affreux coupable. Ca fonctionne le temps de quelques kilomètres mais guère plus. Et je m’énerve et je m’énerve ! C’est à ce moment précis que l’on fait des bêtises : ne trouvant plus le marteau pour taper sur le tuyau de métal faisant office de burin, me voilà déjà avec la première chose plus ou moins dure qui m’est passé par la main, une petite bouteille de gaz pour notre réchaud… Et même si je me suis dit et répété au fond de moi que ce n’était pas une brillante idée, j’ai quand même utilisé mon marteau de fortune. Et même avec toutes les précautions du monde, le tuyau de métal a crevé la bouteille au premier coup. Imaginez donc un jet de gaz hautement inflammable… vaporisé sous l’effet de la pression… vers un moteur en plein fonctionnement… ça peut faire mal, très mal… D’un geste brusque je jette la bouteille violemment, qui, au passage manque Laetitia de justesse et fini son premier vol à quelques mètres de nous tout en continuant de se vider gentiment… quand je vous disais que l’on fait n’importe quoi lorsque l’on s’énerve ! Et puis au final, on cherche le marteau et on le trouve bien entendu. Bref, ce fut un petit peu la galère pour rentrer au camping de « Cherry Hill ». Le lendemain démontage complet de l’alternateur, effectivement les charbons sont « morts de chez mort »! Laetitia est donc allée en acheter en ville avec la voiture d’un de nos chefs, merci, remontage, ça marche !!!! Pfiou…

Mais ce n’est pas fini. Depuis le début, nous avons toujours eu une toute petite fuite de liquide frein. Sous le tableau de bord, au niveau du maitre cylindre. Pas de quoi s’inquiéter puisque le Van freine normalement et nous avons dû perdre l’équivalent d’un demi petit verre d’eau en trois mois. Mais là nous devons faire la révision « forcée » des 5000 kilomètres pour pouvoir encore bénéficier de la garantie d’un an. Ok, c’est parti pour la révision et le remplacement du maitre cylindre puisque c’est presque totalement compris dans la garantie. Nous laissons Lumpy 3 heures chez un mécanicien qui à l’air plutôt sympathique et efficace. Il a changé la pièce en question, impeccable, mais il a travaillé comme un véritable cochon ! De l’huile partout sur le tapis de sol et sur les fils et connecteurs du tableau de bord, horreur ! Le sol du Van est tellement souillé que ça coule sur la route… J’ai vraiment horreur des mécanos et on se demande bien s’il aurait procédé de la même façon avec une voiture de luxe ! Nous payons le surplus convenu par avance, 80 dollars pas de problème, et nous remet une fausse facture à envoyer à la garantie en ce qui concerne la révision (C’est ce que nous avions convenu, je préfère, je ferrais la vidange et tout ce qui va bien moi-même). Nous lui demandons de nettoyer un petit peu mieux et hop, direction la ferme. Mais presque en arrivant je remarque avec horreur l’état de l’aiguille d’essence, au plus haut niveau alors que nous allions devoir bientôt faire le plein. Soit il nous a fait le plein, je n’y crois pas du tout, soit les connecteurs noyés dans l’huile font court-circuit, soit il a oublié de rebranché l’un d’eux, là j’y crois ! Sur le moment, aucune envi de retourner au garage. De toute manière, nous sommes maintenant l’après midi de samedi, c’est fermé… Je vous passe les diverses insultes que j’ai profané à l’égard du mécanicien et me voici déjà en train de démonter le tableau de bord. C’est un véritable casse-tête ! Je me demande encore comment j’ai pu ne rien casser… Bref, je déconnecte tous les connecteurs mais l’aiguille est réellement bloquée ! Je rebranche tout mais rien n’y fait, c’est cassé… Encore trêves d’insultes et Laetitia me dis qu’il faut surement remettre le contact… Je n’y crois guère, préférant toujours insulter le mécano mais je m’exécute : l’aiguille redescend doucement, c’est gagné ! Au final je n’ai pas vraiment trouvé de panne, mais le nettoyage a dû faire du bien et ça fonctionne de nouveau. Et voilà, j’ai pu faire la vidange plus sereinement et en ai profité une fois couché sous le Van pour faire une petite révision : rien d’anormal, et le moteur ne perd pas d’eau ni d’huile, que demander de mieux ? Une meilleure sono dans l’habitacle ? Ok pas de problème, bois, scie-sauteuse, clous, colle, deux haut-parleurs, fer à souder, quelques fils et le tour est joué ! Nous allons pouvoir enfin écouter du rock à fond sur les routes australiennes !

![]() |
Album: Le temps des cerises
55 images |












